Faut-il de nouveau ethniser les esprits?

Sous la direction de Thorsten Botz-Bornstein et Jurgen Hengelbrock

A propos du livre "Re-ethnicizing the Minds?"

Rodopi 2004. Sous la direction de Thorsten Botz-Bornstein et Jurgen Hengelbrock

 

L'expansion globale des modes de production, de consommation et d’information du type occidental crée partout les mêmes modes de vie et les mêmes aspirations au bonheur (pas forcément les meilleures). Elle risque de supprimer les particularités culturelles des peuples et d'aliéner les ressources intellectuelles et morales inhérent à leurs traditions ancestrales. L'homme universel de nos jours, c'est l'homme producteur et consommateur de biens industriels.

 

Les débats récents autour du thème de la "mondialisation," provoquent un intérêt renouvelé pour l'idée de "l'ethnophilosophie". En 1997 Fidelis Okafor a publié un article sous le titre un peu curieux "In Defense of Afro-Japanese Ethnophilosophy." Okafor réévalue des notions comme "folkness," "existential outlook" (vision existentielle), ou "esprit communal" comme éléments constitutifs d’une philosophie qui accepterait la Weltanschauung d'un peuple à la fois comme point de départ et comme finalité. Mais au lieu de limiter ses analyses à l'Afrique, Okafor prétend relever des formes d'ethnophilosophie pareillement dans la philosophie japonaise contemporaine. L'intérêt renouvelé pour l'ethnophilosophie est compréhensible à une époque où les réseaux de la communication globale fonctionnent en philosophie autant qu'ailleurs. Les connotations négatives qui accompagnent le terme de "mondialisation" sont dues à sa prétendue puissance uniformisante qui aplatirait les différences culturelles existantes. De l'autre côté, la mondialisation a des effets secondaires, notamment des initiatives qui aspirent à créer un contre-courant en insistant sur la nécessité d'une "localisation" ou d'une "régionalisation." Durant ces dernières années on pouvait observer de nombreuses tentatives de revitaliser les traditions et les modèles ethniques dans l'intention de contrecarrer la soi-disant standardisation "mondialisante."

 

Depuis longtemps le sociologue Arjun Appadurai met en question les notions de "nation" et de "culture" comme substrat d'identité et propose d'interpréter le monde humain par l'intermédiaire "d'ethnoscapes, de technoscapes, de médiascapes, de finanscapes [et] d'idéoscapes." Les "scapes sont, selon Appadurai, conçue comme "paysages-perspectives" [perspectival landscapes], ils ont des formes "fluides et irréguilières" et "se présentent différemment de chaque côté."

 

Comprendre par exemple "la philosophie japonaise" à travers le filtre du vocabulaire occidental est faux quoique cela ne puisse jamais être complètement évité par un Européen. Mais il serait encore plus erroné de ramener, afin d'éviter tout préjugé occidental, la philosophie japonaise à une "spiritualité orientale" ou même à l'expression d'une "identité nationale." Cela serait l'opposé de l'approche qui tente de comprendre la philosophie japonaise en tant que mindscape philosophique. Lorsque nous tentons de saisir l'essence de la "philosophie japonaise," notre intellect ne pénètre pas une sphère dans laquelle chaque élément occupe une position fixe, mais nous percevons cette "philosophie japonaise" de la même manière dont un corps perçoit un paysage. Le corps, au moment où il aperçoit un "scape," est incapable de le localiser indépendamment de sa propre position (changeante) à l’intérieur de ce "scape," il est donc obligé de situer chaque impression à partir de son corps dans une totalité englobante.

 

Vous pouvez aussi télécharger l'article "Face à la mondialisation: ethniciser de nouveau les esprits?" 

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